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Interview de Alain Stevez - Les Goldmen

La rédaction Propos recueillis
Mise en ligne 02/10/2026
Temps de lecture 6 minutes
Alain Stevez - Les Goldmen
Depuis plus de quinze ans, les Goldmen font revivre sur scène les chansons de Jean-Jacques Goldman. À l’occasion de leur nouvelle tournée, marquée notamment par l’arrivée de Sabrina Belmo et une place plus importante accordée au répertoire de Fredericks Goldman Jones, Alain Stevez nous parle de cette nouvelle aventure, de l’évolution du groupe et de leur propre identité musicale.

SM : Vous interprétez les chansons de Jean-Jacques Goldman depuis plus de quinze ans. Y a-t-il encore des morceaux qui vous demandent un travail particulier pour retrouver leur intention ou leur émotion ?

AS : C'est une très bonne question, parce que nous sommes justement en train de travailler « À quoi tu sers ». Ce titre nous oblige même à retravailler la guitare : on se dit « mince, le niveau est très élevé ». Malgré l'expérience, on doit toujours se remettre en question. Les chansons de Jean-Jacques demandent beaucoup de travail, et on s'en rend compte à chaque fois qu'on ajoute un nouveau titre à la set-list. C'est une sorte de défi pour nous, et en même temps, on se dit que ça nous donne du grain à moudre !


SM : Cette nouvelle tournée fait aussi une place importante au répertoire de Fredericks Goldman Jones. Qu'est-ce que cela change pour vous, sur scène, de sortir un peu du répertoire solo de Goldman ?

AS : D'abord, Sabrina Belmo vient agrandir la troupe, et elle est extraordinaire au chant. C'est une vraie diva, parce qu'elle touche les cœurs. Quand elle chante, c'est très singulier, et en même temps ça touche tout le monde, je ne peux pas l'expliquer. Les gens pleurent quand elle fait ces vocalises, ce moment tellement attendu que Carole Fredericks faisait à merveille. Sabrina le restitue très bien, et elle incarne très bien Carole. Le répertoire change aussi, puisque nous jouons presque tout l'album Fredericks Goldman Jones. Musicalement, c'est un album un peu plus alternatif, moins « variété pure », plus difficile à interpréter et peut-être un peu moins immédiat pour le grand public. Mais ceux qui ont connu Goldman l'ont écouté en boucle et se le sont approprié. C'est une musicalité plus exigeante, plus précise, donc un peu plus compliquée à jouer. Avec l'arrivée de Sabrina dans l'équation, ça nous change beaucoup de la formule à six.


SM : Les Goldmen sont passés des petites salles aux Zéniths et à l'Olympia. Y a-t-il un moment précis où vous vous êtes dit : « Là, notre aventure a vraiment pris une autre dimension » ?

AS : Oui, c'est quand nous avons mis les pieds pour la première fois au Zénith d'Amiens. En plus, Michael Jones, avec qui nous avions déjà travaillé, nous avait rejoints ce jour-là. On s'est dit : « Waouh, on va jouer devant plus de 2 000 personnes », je ne sais plus exactement, mais c'était un truc dingue. Les gens s'intéressaient à nous. Ce premier Zénith, puis le premier Olympia, nous ont fait sentir qu'un rouage s'était enclenché. Nous sommes passés de l'autre côté. Je dis toujours que nous sommes encore des petits moyens chez les grands, mais nous sommes chez les grands, avec toutes les conditions d'une tournée : le bus, les équipes qui gèrent nos déplacements et nos conditions de travail. Nous sommes très bien entourés, chouchoutés, avec un confort de travail incroyable. Ça nous permet d'être beaucoup plus concentrés sur le spectacle, puisque nous n'avons à penser à rien d'autre. Ces dates-là, le premier Zénith et le premier Olympia, nous ont vraiment fait passer un cap.


SM : Vous êtes devenu, malgré vous, très associé à l'image et à la voix de Jean-Jacques Goldman. Cette ressemblance, l'assumez-vous totalement aujourd'hui, ou avez-vous parfois envie de montrer ce qui vous distingue de lui ?

AS : Une fan m'a encore envoyé récemment une photo de profil de Jean-Jacques et une photo de profil de moi, et j'ai été bluffé moi-même. Il y a un truc, même physiquement, on ne peut pas le nier. Mais c'est chouette, parce que les gens viennent aussi chercher ça. Nous sommes un peu comme un film. Mon repère, c'est le jour où j'ai pleuré devant Bohemian Rhapsody : j'avais beau savoir que j'étais devant un acteur, j'avais l'impression d'être devant Freddie Mercury, et ça m'a replongé dans son univers. Je me suis dit que c'était exactement ce que nous faisons : emmener les gens dans leurs souvenirs, les bluffer, et pendant deux heures, leur donner l'impression d'être à un concert de Jean-Jacques. Je n'ai pas la prétention de dire que tout le monde s'y retrouve, mais les retours sont très bons. Certains sont heureux de revivre ces concerts, d'autres de les découvrir, et certains nous disent avoir l'impression de vivre un concert de Jean-Jacques en live. L'équation est là.

De mon côté, j'ai essayé de mener une petite carrière solo en parallèle. Comme tous les musiciens des Goldmen, j'ai joué dans des bars, des cafés-concerts, et on cherche toujours à avoir une identité propre. Mais Céline Dion ou Johnny Hallyday, pour ne citer qu'eux, sont aussi des interprètes. Ils ont fait des tubes grâce à leur prestance, leur charisme, leur savoir-faire et leur talent, mais ce ne sont pas leurs chansons. Nous, nous avons la chance de chanter des chansons qui sont déjà des tubes, mais nous restons des interprètes. Finalement, être interprète est un art comme un autre, au même titre qu'être auteur ou compositeur. J'aime chanter les chansons de ceux qui ont eu le talent de les écrire et d'en faire des tubes. Mais je continue quand même à composer de mon côté. On ne sait jamais, sur un malentendu…


SM : Au-delà de la nostalgie, qu'aimeriez-vous que les spectateurs qui découvrent Goldman grâce aux Goldmen retiennent de ses chansons ?

AS : Certains spectateurs n'étaient pas forcément fans de Goldman. Ils le connaissaient, ils l'écoutaient, ils l'aimaient bien, sans plus, et finalement ils deviennent fans des Goldmen. Nous avons déjà eu des retours comme ça. La chose s'inverse : nous avons une identité propre. Ce sont les Goldmen, et non pas « Alain Stevez chante Goldman ». Nous avons réussi à créer un groupe qui rend hommage à un chanteur, et c'est ce que je cherchais. Je suis de nature timide, j'ai besoin d'être entouré, d'être avec mes potes, et là je me sens vraiment le maillon d'une chaîne. Cette chaîne, nous avons réussi à la rendre unique : nous ne faisons qu'un. Même si nous nous inspirons de l'original, les gens nous disent tout le temps que nous avons notre truc à nous, notre énergie à nous.

Ce que j'aimerais qu'ils retiennent, c'est justement que les chansons de Goldman peuvent être interprétées par d'autres, avec une touche personnelle, tout en conservant leur essence. Et que les gens repartent en se disant : « On a écouté du Goldman, mais on aime les Goldmen. » C'est pareil pour d'autres spectacles, comme Héritage Goldman, qui est très différent de ce que nous faisons : le public se dit qu'il est venu écouter des chansons de Goldman, mais qu'il a aimé tel ou tel groupe, parce qu'il a su transmettre une émotion. Il y a une part d'interprétation, une part d'émotion et une signature. Moi, j'aime que les gens repartent aussi avec cette signature.


Retrouvez les Goldmen à l'occasion de leur passage dans toute la France ainsi qu'à:

  • Lille, le 21 Novembre 2026, Zénith de Lille
  • Limoges, le 8 Janvier 2028, Zénith de Limoges
  • Bordeaux, le 10 Novembre 2028, Arkea Arena

Rédigé par

La rédaction

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