SM : Vous avez cofondé Mesdames avec Alexandra Crucq. Comment fonctionne votre binôme au quotidien ?
M.B: Alexandra est une très grande professionnelle des médias : elle a dirigé les programmes de divertissement d'une grande chaîne. Nous sommes aux opposés : moi sur l'antenne, chez Canal+ puis France Télévisions ; elle a eu le courage de monter sa propre structure. C'est une femme qui a le courage et l'énergie de prendre sa place. Cela fait sept ans que nous avons fondé notre société et deux ans et demi que le média existe. Moi je suis sur l'éditorial et le créatif, elle sur l'administratif et la structuration, mais sans frontière rigide.
SM : En deux ans, votre média a rassemblé 1,4 million d'abonnés. Qu'est-ce qui explique un tel écho ?
M.B: Il y avait un besoin. Personne ne parle spécifiquement des femmes de plus de 50 ans, et personne ne s'adresse à elles ensemble, comme à une communauté. Dans les médias, on passe de « jeune » à « vieille » sans nuance. Il y a un passage symbolique très puissant : la ménopause et la fin de la maternité, aussi marquant que la puberté. On veut nous faire croire que cette étape serait une fin. C'est faux. Nous faisons vivre les associations, nous travaillons, nous aidons nos parents et nos enfants.
« Entre 45 et 65 ans, il y a en France 9 millions de femmes. Une Française sur quatre a plus de 50 ans. Nous sommes un rouage économique, sociologique et politique essentiel de ce pays. »
SM : Pourquoi être passée du digital à la scène ?
M.B: Mesdames est un média numérique, mais c'est avant tout un média de chair et de sang. Dans la rue, des femmes nous arrêtent tous les jours pour nous dire merci. On avait besoin de se regarder droit dans les yeux, de se retrouver. Un écran ne remplace pas cette présence-là. Les annonceurs préfèrent souvent cibler les plus jeunes. Moi, je veux bien qu'on s'adresse aux femmes de 20 ans : mais elles courent après leur vie, elles n'ont ni le temps ni l'argent. Nous, on a les deux.
SM : Après tant d'années d'antenne, votre façon de vous adresser au public a-t-elle changé ?
M.B : Rien, en réalité. Je me suis toujours adressée au public de la même manière. Je dis ce qui me semble important, de la façon qui me plaît. Que ça déplaise ne me dérange pas, même si je préfère rassembler que diviser. Je n'ai jamais changé, quel que soit le média ou le format. Il n'y a aucune raison de se transformer sous prétexte qu'on change de médium.
« Je ne suis pas là pour « libérer la parole ». Je suis là pour parler de ce qui m'intéresse, et mettre en lumière des sujets qu'on juge sans intérêt dès qu'ils concernent les femmes. »
SM : Ménopause, addictions, poids : pourquoi aborder tous ces sujets sans aucun filtre ?
M.B : On ne parle jamais de ces sujets-là. Prenez le poids : qu'on en prenne ou qu'on en perde, ce n'est jamais le « bon » poids aux yeux de la société. On sait déjà tout entre nous : ce dont on a besoin, c'est que ça puisse enfin être dit tranquillement, sur une scène, devant tout le monde. Un peu comme le jour où on a vu du liquide rouge remplacer le bleu dans les publicités pour les protections périodiques : ce n'est pas nous qui avions besoin d'entendre notre histoire, c'est le reste du monde.
SM : Quelle est la suite pour Mesdames après cette première tournée ?
M.B : Mesdames, c'est d'abord un média numérique quotidien. Entre mes deux métiers et la tournée, l'agenda se pense au jour le jour ! Mais ce qu'on aimerait faire, dans le fond, ce n'est pas forcément une nouvelle tournée : ce sont des festivals Mesdames, un peu partout en France, où les femmes, et les hommes que ça intéresse, pourraient se retrouver. Avec des lectures, des rencontres, de la convivialité. Voilà l'idée.
RETROUVEZ Mesdames en scène à l'occasion de leur passage à:
- Lille, le 4 Octobre 2026, Théâtre Sebastopol
- Bordeaux, le 14 Octobre 2026, Théâtre Femina