Rencontre avec le comédien michel Boujenah

  • Par Pascale Peiffer
  • Mise en ligne : 22 octobre 2019
  • Mise à jour : 22 octobre 2019

Il est né le 3 novembre 1952 à Tunis (66 ans), son père Joseph Boujenah, était médecin. Il est arrivé en France à l’âge de 11 ans et a eu 2 enfants avec sa femme Isabelle : Joseph né en 1998 et Louise née en 2000. Il réside la plupart du temps à Saint-Paul-de-Vence 

" Si on rêve sa vie très très fort et bien ... au final, on la vit ! "
 
Seniors Mag : Michel Boujenah vous revenez sur scène avec un spectacle. Sur l’affiche pour présenter ce one man show, on peut lire : « Ma vie encore plus rêvée ». Votre vie n’est-elle pas, déjà, une vie de rêve ? 
 
Michel Boujenah : En fait, je veux dire aux gens qu'il faut rêver sa vie et je pense que si on ne la rêve pas, on ne peut pas avancer. Si on rêve sa vie très très fort et bien … au final, on la vit. 
 
S.M. : Mais si on passe sa vie à la rêver, on ne peut pas profiter du moment présent ! 
 
M.B. : Si bien sûr ! Vous n'avez jamais entendu cette phrase qui dit « J’ai plutôt rêvé de faire ça… », « ...Enfin j'y suis arrivé ! » « C’est ça que je voulais… » mais encore faut-il avoir un rêve … La beauté du moment présent vient aussi de cette aventure dans laquelle on est quand on rêve... Et puis, ce n’est pas un étouffement par rapport au quotidien. Bien au contraire, ça nous donne des ailes de rêver. C'est un souffle, ça rend la vie beaucoup plus douce. Vous vous rappelez de cette pub pour Sony, à une certaine époque qui disait « vous en avez rêvé, Sony l'a fait » ? Et Martin Luther King qui disait « J'ai un rêve », Obama qui rajoutait « on peut le faire ».
 
S.M. : Et vous, vous l’avez fait sur scène. 
 
M.B. : La conclusion de mon spectacle est : « il faut rêver » et je raconte sur scène pendant mon spectacle une vie inventée dans laquelle tout ce que je dis est sincère mais où les événements sont faux. Est-ce que c'est du rêve ? Par exemple, dès que je sors pour aller à la pêche tous les poissons sont contents. Ils mettent leur maillot, font de la plongée ou du snowboard, du ski nautique… Parce qu'ils savent qu'ils ne risquent rien avec moi. Dans mon spectacle j’explique que quand j'étais petit, je mettais ma canne à pêche dans l'eau et les poissons sortaient la tête de l'eau en disant « pêche moi, moi » ; ça c'est un rêve. 
 
S.M. : Ce spectacle a évolué depuis ses débuts. 
 
M.B. : Maintenant c’est la deuxième version. Au début en 2013, ce spectacle s'appelait « ma vie rêvée » et il évolue malgré moi. J’ai écrit cette 2ème version avec des collaborateurs tels que Paul Boujenah (son frère NDLR). On ne peut pas travailler seul, ce serait triste sinon.
 
S.M.  : Revenons à vos débuts, quand vous passez le concours de l’école supérieure d'art dramatique  à Strasbourg. Vous êtes recalé à cause de votre accent. C'est dur quand on a 20 ans d’être jugé sur ses origines.
 
M.B. : Après l'échec de Strasbourg j'ai fondé avec un copain une troupe de théâtre professionnelle dans un hangar. Au début je n'osais pas jouer donc j'étais metteur en scène. L’humour n’était pas ma priorité. Je voulais faire du théâtre d'avant-garde, de recherche et monter le spectacle en troupe. Parallèlement, je travaillais avec des enfants et je faisais du théâtre dans les cités et un jour j'ai eu envie de parler de mes racines, de la mémoire et je me suis retrouvé un peu seul sur ce projet. Jusque-là j’avais tout fait pour ne plus avoir d'accent et il y eu un retour de manivelle. Vous chassez le naturel et il revient au galop, et bien chez moi il est revenu au triple galop. J’ai quitté la troupe et j'ai commencé à jouer seul et naturellement j'ai fait rire. Je fais rire parce que c'est ma nature mais je ne suis pas, comme disent les jeunes aujourd'hui, « un humoriste ». Je suis quelqu'un qui raconte des histoires tristes ou drôles. Vous voyez mon premier film « Père et fils » n'est pas triste, il est même joyeux ! C'est ça mon style et sur scène ça prend bien évidemment des dimensions différentes. En fait j'adore rire, j'adore faire rire c'est ma nature et j'adore la vie. D’ailleurs quand je faisais du théâtre de recherche, pendant les pauses je faisais rire tout le monde.
 
" J'adore rire, j'adore faire rire c'est ma nature et j'adore la vie."
 
 S.M.  : A 66 ans, votre carrière est exemplaire puisque vous avez été comédien, acteur de cinéma, de télé, de théâtre, réalisateur, scénariste, directeur artistique du Festival de Ramatuelle et vous avez eu des récompenses, des nominations au César et j'en passe … et au lieu de lever le pied, vous reprenez l'exercice qui est quand même un des plus compliqués, le « one-man-show ». Vous avez encore quelque chose à prouver ? 
 
M.B. : Mais je n’ai pas 66 ans !! (rires) et je regarde en avant. Un matin je vais me lever et je ne vais pas pouvoir me mettre debout. Ce jour-là je dirais « merde, je crois que je suis vieux ». Aznavour disait « je n’ai pas de marche arrière ». Moi je ne regarde pas en arrière et je ne parle jamais du passé. Parfois je raconte une anecdote, mais, dans ma démarche artistique ce que je suis en train d'écrire en ce moment, c'est mon premier truc. Je n’ai jamais rien fait avant comme un adolescent. 
 
S.M. : Est-ce que du coup, vous n’avez jamais de regrets ? 
 
M.B. : Il y a des choses que j’ai refusées et que j'aurais aimé faire, il y a des amours que j'aurais aimé vivre c'est ça la vie. Il y a des erreurs que j'ai faites et que j’aurais aimé ne pas faire ! Tiens, est ce que vous connaissez la différence entre une erreur et une connerie ? c'est de moi cette question ! la connerie c'est une erreur que l'on sait que l’on va faire. Une erreur on ne sait pas que c'est une erreur avant de la faire. Vous pouvez me citer hein ! Ce n’est ni de Voltaire ni de Victor Hugo ! 
 
S.M. : Vous dites aussi : « la famille c'est la plus belle terre pour faire pousser des histoires  » votre famille doit être belle puisque vos histoires, vos spectacles sont beaux. Est-ce que votre vie aurait été différente si vous n'aviez pas rencontré Isabelle, votre femme ? Est-ce que c'est justement dans ce terreau que vous avez trouvé vos projets ? 
 
M.B.  : Je puise tout dans ma famille «  construite  » et ma famille de naissance. Isabelle, la mère de mes enfants, m'a poussé pour que je fasse mon premier film. J’avais des moments de doute et d'angoisse, j'ai mis très longtemps à le faire parce qu'au fond de moi je n'osais pas… Sans elle, je pense que je ne l'aurais pas fait. Coluche disait « la famille c’est comme le succès ça vous étouffe ou ça vous donne des ailes »
 
S.M. : Vous avez eu deux enfants avec Isabelle. Quel genre de père êtes-vous ? 
 
M.B. : Savez-vous ce qu’est un père juif ? C’est une mère normale. Je connais des pères qui ont les mêmes origines que moi qui sont très durs, moi je suis, comment dire…Je n'ai pas d'autorité. Je suis un papa aimant et j'ai confondu largement papa et employé. Je suis chauffeur, cuisinier, homme de ménage, coursier, soutien psychologique. Je les aime tellement que je fais des conneries avec eux et je les gâte trop. 
 
 
 Son Actualité : Michel Boujenah est encore en tournée de spectacle, dont Puget-sur-Argens, Orchies et Luxey. Infos et réservations sur ticketmaster.fr
 
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