S.M: Le roman s’appelle « Le quatrième péché ». On envie souvent la vie des autres sans savoir ce qu’elle leur coûte vraiment. Est-ce une idée qui vous a guidée en l’écrivant ?
V.F: Oui, je voulais vraiment écrire un roman sur ce fameux quatrième péché, la convoitise, l’envie. Je l’ai envisagé comme un moteur social et intime. C’est un roman qui parle aussi de l’héritage invisible, du poids des secrets qui finissent toujours par ressurgir, et qui explore la sexualité comme lieu de vérité.
Mais l’envie est vraiment au cœur du roman : envie d’une autre vie, d’ascension sociale, de possession ou de domination. C’est une force destructrice qui ronge mes personnages parce que c’est le seul des péchés capitaux qui ne procure aucun plaisir. L’envie, ce n’est pas désirer quelque chose pour soi, c’est souffrir de ce que l’autre possède. Quand elle rencontre la vérité, elle ne va rien réparer, elle va fracturer..
SM: Vos personnages vivent une liaison cachée. Ce qui vous intéressait plus que l’histoire elle-même, est-ce le secret fait à ceux qui le portent ?
V.F: J’adore la notion de secret, c’est un thème extrêmement puissant avec des ressorts dramatiques très utiles. Ce qui m’intéressait le plus, ce n’était pas tellement sa révélation, mais plutôt son effet : la relecture du passé, l’effondrement des repères, le basculement moral.
Tout ce qui est caché agit en silence malgré nous. Quand la déflagration a lieu, la vérité va contaminer le récit et conduire à une catastrophe inévitable.
S.M: Vous avez fait écrire une chanson pour accompagner ce livre. Qu’est-ce que la musique dit de cette histoire que les mots ne peuvent pas dire ?
V.F: J’adore écrire sur plusieurs médias parce qu’on véhicule des émotions très différentes. Dans un roman, la narration est lente, elle se construit au fil des pages. Avec une chanson, c’est de l’émotion brûlée, de manière très impressionniste. Cette chanson existe à part entière dans le roman, elle est même écrite dans une de mes scènes.
Mais si vous la sortez du livre, elle est évocatrice de beaucoup de choses. Mes trois romans sont accompagnés de bandes-son. Celle-ci est sortie tout début juillet pour que les gens puissent l’écouter en même temps qu’ils lisent le roman.
S.M : Dans un thriller, le lecteur passe son temps à se demander qui ment. Est-ce un jeu que vous aimez créer avec vos lecteurs, les laisser se tromper, douter ?
V.F: Absolument, j’ai essayé de ménager un suspense sur qui était qui, qui manipulait qui, parce qu’il y a beaucoup de manipulations. Pour cela, j’ai utilisé différentes temporalités et points de vue. Le passé éclaire le présent. J’aime parler de cette toute petite minute au cours de laquelle un destin peut totalement basculer. Quand le secret éclate, mon personnage principal va complètement vriller et réévaluer toute sa vie.
J’aime interroger ce petit moment et poser cette question : est-ce qu’on a tous en nous un monstre prêt à surgir ? Et si oui, qu’est-ce qui construit le monstre ? Est-ce juste soi-même ou tout l’entourage autour ?
S.M: Quand on écrit ce type de thriller, quelle est la récompense ultime ? De quoi on rêve ?
V.F: D’abord, on rêve d’être lu et de procurer une émotion. Aujourd’hui, les gens lisent de moins en moins, donc aller à la rencontre du lecteur et nouer un dialogue avec lui, c’est déjà formidable. Ensuite, être traduite ou adaptée à l’écran, au cinéma ou sur les plateformes, c’est le Graal. Je ne boude ni les plateformes ni la télévision puisque je suis journaliste. Mon ambition d’abord, c’est d’être lue par le plus grand nombre.
S.M: Votre roman est aussi très ancré dans le Nord et comporte une dimension érotique. C’est un choix délibéré ?
V.F: Oui, mon roman est très ancré dans le bassin industriel du Nord, à Roubaix, à Lille et ses environs. C’est génial d’être diffusée dans le Nord. Et il y a un petit peu d’érotisme, c’est un roman un petit peu sulfureux. Je pense que ça fait partie des choses qui donnent envie de lire.
Quand on pense aux seniors, la société nous qualifie ainsi dès 50 ans, mais on pense souvent à tort au quatrième âge. Or, à 55 ans, on prépare sa retraite, on reste jeune et actif. Mon roman sort le 10 septembre, et j’espère avoir donné quelques éléments pour donner envie de le lire.
"Aller à la rencontre du lecteur et nouer un dialogue avec lui, c'est déjà formidable"