SM : Comment Letz Zep s'est-il formé en 2004 ? Qu'est-ce qui vous a donné envie de dédier votre carrière à la musique d'un groupe plutôt que de la poursuivre en solo ?
BK : Quand Letz Zep a commencé, c'était presque un hobby. On avait l'intention de sortir deux ou trois fois et simplement jouer la musique qu'on aimait. On a très vite gagné une réputation de groupe live très solide, et les choses se sont développées à partir de là. Avant Letz Zep, j'avais mon propre groupe et j'ai tourné en tant qu'artiste original aux côtés de gens comme Roger Daltrey, Ozzy Osbourne, Uriah Heep et Saxon. Quand Letz Zep a commencé à attirer l'attention, j'ai contacté des promoteurs avec qui j'avais déjà travaillé, d'abord en Espagne, puis aux Pays-Bas. Les groupes hommage étaient encore une idée assez nouvelle pour certains, ils étaient hésitants au départ, mais les tournées ont fait salle comble et des offres ont commencé à arriver d'autres pays. Le vrai tournant a eu lieu quand Robert Plant est venu à l'un de nos concerts. Il a dit que c'était comme se voir lui-même sur scène : « Je suis entré, je me suis vu. » Après ça, le groupe a vraiment décollé.
SM : Chacun d'entre vous incarne un musicien précis, avec un style de jeu, une présence scénique et une personnalité distincts. Comment avez-vous construit ce personnage de scène sans tomber dans la caricature ?
BK : La musique doit toujours passer avant tout. La performance, l'interprétation et l'attention aux détails visent à créer une reconstitution convaincante d'un concert de Led Zeppelin, mais on ne veut jamais que ça devienne une parodie. On a étudié comment chaque membre jouait et interagissait sur scène, mais on reste des musiciens à part entière, on n'essaie pas de les imiter mécaniquement. On essaie de comprendre l'esprit de leur performance : le danger, la liberté, cette fameuse qualité « rigide mais souple » qui rendait Led Zeppelin si excitant. Le fait que les gens aient toujours dit qu'il y avait une ressemblance physique entre Robert Plant et moi aide, certainement. Robert lui-même l'a décrite comme « effrayante ». Mais la ressemblance ne suffit pas : la voix, les mouvements, l'instinct musical, la communication avec le public doivent être naturels. Si vous le forcez, ça devient une caricature.
SM : Après plus de vingt ans ensemble, comment décririez-vous l'alchimie entre vous sur scène ? Avez-vous développé un vrai lien, un peu comme celui du groupe original ?
BK : Absolument. Cette alchimie ne peut pas être fabriquée, elle se construit au fil des années à jouer ensemble, à voyager ensemble, à apprendre comment les autres musiciens pensent. Led Zeppelin était réputé pour son goût de l'improvisation, et on garde des moments dans notre spectacle où l'on peut sortir de la structure des chansons et partir sur une tangente. Ça demande de la confiance : il faut s'écouter attentivement et réagir immédiatement, parce qu'on ne sait jamais où un autre musicien va emmener la musique. Notre batteur, Jake, est un immense fan de Zeppelin et de John Bonham. Son père, Chris Blackwell, a joué de la batterie pour Robert Plant à l'époque de Now and Zen, Manic Nirvana et Fate of Nations, donc Jake a les bonnes références. Il écoute des enregistrements live de Zeppelin dans le bus de tournée et lui arrive d'introduire dans le concert quelque chose qu'il a entendu le jour même. Ça garde tout le monde en alerte.
SM : Jimmy Page et Robert Plant sont venus vous voir jouer, avant de vous inviter au lancement de Mothership. À quoi ressemblait ce moment, et qu'est-ce que ça fait de savoir que les membres originaux approuvent ce que vous faites ?
BK : C'est un sentiment extraordinaire et, naturellement, un peu terrifiant ! Robert est venu à l'un de nos concerts à Londres. Je me souviens être sur scène dans une petite salle à Camden quand une porte s'est ouverte sur ma gauche. La lumière est entrée et là, impossible à manquer, la silhouette de Robert Plant se dessinait dans l'embrasure. Ça reste l'un de mes souvenirs les plus marquants. On s'est beaucoup parlé depuis. C'est un type fascinant, très cultivé, heureux de parler de presque tout, à condition que je ne lui demande pas si Led Zeppelin va se reformer ! Il a plaisanté un jour en disant qu'il était ravi que je chante « Stairway to Heaven » tous les soirs, parce que ça voulait dire qu'il n'avait pas à le faire. Jimmy Page nous a aussi vus jouer à Londres et nous a gentiment invités à sa table pour une photo. Il a dit que notre set-list était ambitieuse mais qu'on s'en était très bien sortis, et a complimenté notre guitariste Andy, le décrivant comme « un type cool ». On a ensuite joué à la soirée de lancement de l'album Mothership de Led Zeppelin, et on a été tête d'affiche du concert hommage à John Bonham, pour ce qui aurait été son soixante-dixième anniversaire. Cette reconnaissance signifie énormément : ça nous rassure sur le fait qu'on traite cette musique avec le respect qu'elle mérite.
SM : Que diriez-vous à ceux qui pensent qu'un groupe hommage ne pourra jamais retrouver la magie de l'original ?
BK : On célèbre leur musique, on cherche à restituer la puissance, l'énergie et l'atmosphère de ces morceaux joués en live. Notre but, c'est de créer une machine à remonter le temps et de ramener le public à une époque où le rock dominait le monde. Letz Zep n'est pas un simple jukebox ou un spectacle de best-of : on joue ces musiques comme elles sont faites pour être entendues, en live, en concert, avec toute leur puissance et leur gloire, et peut-être un peu de flower power aussi ! Ces chansons sont d'une grande profondeur : elles englobent le blues, le folk, la soul, le jazz, la country, le psychédélisme, des influences arabes et indiennes. Un tribute ne pourra jamais être l'original, mais une belle performance live peut rappeler aux gens pourquoi cette musique les a autant touchés, à l'origine.
SM : Vous jouez au Théâtre Fémina de Bordeaux en octobre. Avez-vous des souvenirs particuliers de vos concerts en France ?
BK : La France a joué un rôle très important dans l'histoire de Letz Zep. On a d'abord tourné en Amérique du Sud en 2007, mais 2011 a été l'année où le groupe a vraiment percé en Europe, après notre première grande tournée française. L'Allemagne et l'Australie ont suivi de près, et on a désormais joué dans plus de quarante pays, sur six des sept continents du monde. Seule l'Antarctique nous résiste ! Monter pour la première fois sur la scène de l'Olympia, à Paris, était inoubliable : c'est un lieu tellement prestigieux, où Led Zeppelin lui-même s'est produit. On y a même enregistré notre album live, donc la ville a une connexion très forte avec le groupe. On garde aussi énormément de bons souvenirs de Marseille et du sud de la France. Les Français nous ont toujours accueillis chaleureusement : ils comprennent cette musique, ils y répondent avec passion, et ils viennent pour la même raison que nous, célébrer Led Zeppelin. On a hâte d'y retourner, de retrouver nos vieux fans et de nous en faire de nouveaux à Bordeaux.