INTERVIEW DE LILI ROAD

  • Par Arnaud ONNAINTY
  • Mise en ligne : 10 juin 2024
  • Mise à jour : 10 juin 2024

Le Seniors Mag a eu l'honneur d'interviewer, la professeur d'anglais mais aussi l'autrice de sont premier livre "J'ai mal mais je me soigne" et chanteuse de la musique "rien de plus". Vous l'avez devinez c'est Lili ROAD qui répond à nos questions aujourd'hui ! 

INTERVIEW

"... j’ai eu plusieurs vies, je suis un peu un chat... "

SM : On se retrouve aujourd’hui pour parler de la sortie de votre livre « J’ai mal, mais je me soigne », à Anglet. Ce lieu vous est cher ?
LR : Oui, c’est un lieu que j’aime beaucoup et où j’ai vécu il y a quelques années. J’ai toujours eu cet attrait pour la côte basque où l’on vit au milieu des éléments, de la mer, au gré du temps qui n’est pas toujours au beau fixe... Mais on ressent quelque chose de particulier quand on vit ici je trouve ! Je suis d’origine lilloise et j’ai eu plusieurs vies, je suis un peu un chat ! J’ai pris un poste ici, sur la côte basque et c’est très sain. Les Basques sont très accueillants. On entend parfois le contraire mais moi ça a toujours été l’inverse, j’ai été reçu avec le sourire, à bras ouverts et cette envie de me faire partager. La première fois que je suis venue ici, il y a eu un déclic et c’est devenu une seconde maison.
SM : Peut-on dire que l’art et votre intérêt pour les neurosciences ont été les clefs qui vous ont permis de guérir de vos douleurs ?
LR : Le cerveau, à travers la douleur chronique, essaye de nous faire passer des messages et je pense que malheureusement avec des phrases du style « Passes au-dessus ; c’est dans ta tête ; ça va aller mieux ; t’es une battante, ça ira ! », on m’a éloigné des solutions. L’idée, c’est d’écouter nos douleurs qui sont, à ce moment-là, un système d’alarme. C’est fait pour ne pas être ignoré une alarme, donc quand on essaye de forcer le système, ça ne fonctionne pas. Je me suis donc replongé dans ce que j’avais étudié en art-thérapie ; j’ai fait mon stage au CHU de Lille en chirurgie pédiatrique et j’avais démontré qu’on pouvait baisser les doses d’anesthésiants quand on avait des enfants qui arrivaient au bloc, calmes et qu’en post- opératoire, ils se réveillaient beaucoup plus calmes et moins traumatisés par leur opération. La douleur est multifactorielle et il faut vraiment prendre toutes les causes de ces douleurs. Et dans les lombalgies chroniques, le syndrome de l’intestin irritable, la fibromyalgie etc, il n’y a pas de causes structurelles, donc on ne peut pas guérir structurellement ces pathologies. L’idée est de s’écouter pour comprendre ce que perçoit comme danger notre cerveau, ce qu’on a enfoui car le corps stock et n’oublie rien. Par exemple, je pensais que tout ce qui était le harcèlement scolaire dans mon enfance, j’avais fait la paix avec et que ça ne m’avait pas laissé de trace, mais je me rends compte que non, des années après. Ça modèle qui vous devenez aussi. Si j’avais été un personnage de BD à l’époque, j’aurais eu la petite ampoule au-dessus de moi qui clignote : « Bon sang, mais bien sûr ! »
SM : Pensez-vous donc que les blessures psychologiques passées alimentent la douleur ?
LR : Oui, le Professeur John Sarno, qui a énormément travaillé sur ces pathologies, explique qu’il y a derrière ça : 1/3 de traumatismes, 1/3 de stress quotidien et le dernier tiers de personnes favorisantes. Les 3 sont liés et s’auto-alimentent. Je pense que je n’aurais pas eu mon passé, je n’aurais pas eu ces douleurs physiques : j’étais en burn-out sur tous les plans. J’ai un peu raisonné à l’envers quand j’ai commencé à avoir des douleurs physiques. Je me suis dit « je vais faire moins de musique, moins de ceci ou cela », c’était le moment de repenser sa vie. Me donner comme conseil de me reposer c’était contre-productif pour moi, car j’étais en autarcie moi et mon mal de dos, au plus je me reposais, au plus j’avais mal. Je me sentais inutile, et je me dis que si j’avais gardé des activités, la chute n’aurais pas forcément été aussi brutale.
SM : Revenons à votre méthode : Le « mind-body-connection ». Le mental serait donc une des clefs pour guérir les douleurs chroniques ? En quoi ça consiste ?
LR : Oui : mind : apaiser son cerveau, body : se remettre en mouvement et connection, rétablir les voies neuronales zéro douleur. Le cerveau se met en alerte et créer des voies neuronales qui sont douloureuses et ensuite le cerveau devient un cercle vicieux : j’ai mal donc j’ai peur, et vice-versa. L’idée est donc d’apaiser le cerveau et de chercher dans le passé, présent et dans le futur, qu’est-ce qui fait que mon cerveau a peur ? Des dangers physiques, psychiques ? Tous les sportifs de hauts niveaux ont des préparatifs mentaux et ce n’est pas un hasard. Après le rétablissement d’une blessure, ils ont parfois encore des douleurs par peur de se blesser à nouveau. Donc par l’art-thérapie, l’écriture expressive, la sophrologie, l’hypnose, combinées à du sport adapté, du yoga, de la marche, une remise en mouvement, puis avec la thérapie de retraitement de la douleur, on peut apprendre au cerveau à mieux analyser son environnement. Je me suis formé à cela aux USA, au centre de psychologie de la douleur. Le but est de faire comprendre à notre cerveau à ne pas envoyer de signal s’il n’y a pas de lésions. Avec cette thérapie, on détourne le cerveau de la douleur quand on est trop focus dessus.
SM : Vous refusez que la douleur vous définisse et vous prive de bonheur. Comprendre vos douleurs vous a-t-il permis de l’apprivoiser voire de les occulter ?
LR : Il y a plusieurs types de douleurs. Celles que j’avais au dos sont de types neuroplastiques, sans cause structurelles. A partir du moment où on en comprend les causes, on peut les réduire au silence. Je n’ai plus du tout mal au dos alors que pendant 2 ans je ne pouvais pas bouger. En revanche, les douleurs qui sont neuropathiques, comme celles que j’ai au pied, c’est sûr que celle-là, la méthode ne permet pas de les supprimer. Mais la méthode m’aide à apprivoiser cette douleur, elles ne m’empêchent pas de vivre ! Mais j’espère que dans les années à venir mon cerveau comprendra que comme il n’y a rien à y faire, c’est un nerf, il n’y a plus de danger et qu’il arrêtera de m’envoyer des signaux. C’est comme les douleurs fantômes des personnes amputées ! Le cerveau n’a pas encore imprimé le nouveau schéma corporel. C’est pour cela que j’ai voulu écrire ce livre, je vois tellement de gens souffrir tandis que j’ai eu la chance de m’en sortir complétement. J’ai vécu 3 ans d’enfer et maintenant je ne souffre plus. Toute l’errance thérapeutique qu’il y a autour de ça est très compliquée à vivre. Sortir d’une IRM et entendre « Madame, il n’y a rien ! ». Cette solitude, d’aller de professionnel qualifié, d’entendre des conseils de partout, c’est compliqué. D’ailleurs, c’est à Anglet que j’ai entendu parler du Professeur Sarno la première fois. J’étais chez un ostéo qui ne pouvait rien pour mes douleurs, il m’a dit que ce n’était pas structurelle et m’a conseillé de lire le livre du Professeur Sarno, je me suis empressé de le commander en sortant. Je n’ai pas tout de suite compris ce qu’il voulait dire, mais ça a commencé à me faire réfléchir et le début du cheminement a eu lieu à partir d’ici. C’est ici que j’ai commencé à postuler pour un protocole expérimental en Australie, en visio, pour tester le protocole « mind-body-medecine » et je suis venue compléter avec de l’art thérapie. De semaine en semaine, je comprenais les mécanismes de mon cerveau. A un moment donné j’avais beaucoup moins mal et le protocole était terminé : c’est là que je suis allé me former aux USA. De là, j’ai eu les compétences pour faire mon propre protocole. Mais je me mettais tellement la pression à faire beaucoup de choses, donc c’était « pire que mieux » niveau douleur ! J’étais marathonienne dans le passé, donc j’ai repris ce modèle et je me suis fait un planning pour m’octroyer du temps pour réussir à gérer ma douleur. A ce moment-là c’était le grand renouveau. Quand j’en parlais chez le kiné ou dans les salles de rééducation, on me demandait si j’avais des documents à ce sujet, on me conseillait d’écrire un livre.
SM : L’expression populaire « en avoir plein le dos » vous semble-t-elle, dans le cadre de la douleur chronique, une bonne illustration du mal-être ?
LR : Oui, c’est exactement ça ! Il faut dire que le cerveau stocke sur des zones stratégiques, donc on a tous des hernies discales, cervicalgie, migraines et des choses dans ce genre. Seulement, chez certaines personnes ça va être douloureux tandis que chez d’autres non.
SM : Peut-on dire que dans votre cas on ne change pas mais on agit en hiérarchisant ses priorités ?
LR : C’est tout à fait ça. Ça rejoint ce que je disais au début, on a chacun une façon de vivre différente. Moi je suis quelqu’un qui vit à 100 à l’heure et ça me rend heureuse ; je ne vais pas devenir maître bouddhiste car ce n’est pas cela qui m’anime. Savoir prioriser, savoir écouter son corps, ses ressentis et ne rien stocker. Il faut se trouver une résilience qui permet de prendre du recul sur ce qui nous arrive et trouver le bonheur, non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur. Se dire, j’ai ce qu’il faut en moi, pour être heureux et si je veux vivre à 100 à l’heure c’est parce que j’en ai envie, si je veux ralentir, c’est aussi possible, c’est mon choix. La méthode, c’est juste de donner des outils aux gens, car je n’ai pas leurs vies, pas leurs envies et réciproquement. C’est aussi dire aux gens qu’ils sont eux-mêmes la solution et que ce guide peut les aider avec mes clefs, condenser de 3 ans de recherches. Je donne tout ce qui m’a permis de me libérer des douleurs chroniques. Mais personne ne pourra le faire à leur place.
SM : Avez-vous déjà un retour de vos lecteurs ? Ont-ils déjà essayé de personnaliser la méthode ?
LR : Oui, il y a beaucoup de retours, notamment en message privé sur les réseaux sociaux ! Ils se mettent à me raconter leur vie et tout ce qu’ils leur arrivent. C’est perturbant car on a tous des pathologies et vies différentes mais on se retrouve tous dans des personnalités particulières, des traumatismes vécus, du stress qu’on s’impose. Ça me fait chaud au cœur de me dire qu’on est une communauté dans laquelle on se retrouve. Le premier pas vers la guérison, c’est de se dire qu’on n’est pas seul et de voir que certains s’en sont sortis. Le retour est magnifique quand je vais en dédicace et que des personnes échangent entre eux ! Les gens parlent avec moi et entre eux également, on est tous des âmes écorchées. C’est une communauté très enrichissante.
SM : Est-ce que Lili Road est votre véritable nom ?
LR : « Road », c’est surtout que je suis beaucoup sur la route depuis que j’ai 17 ans. J’ai eu la chance de beaucoup voyager dans les pays asiatiques, aux USA ; j’ai vécu au Canada, en Allemagne etc. Quand il y a quelques années on s’est posé avec des amis et qu’on cherchait un nom d’artiste, c’est sorti naturellement et je m’y retrouve bien ! Découvrir des nouvelles façons de vivre, des personnes etc., J’ai cet attrait pour la connaissance et rendre service quand je peux.
SM : Quels sont vos projets à venir ?
LR : Mon premier single « Rien de plus » est sorti sur les plateformes le 31 mai, l’occasion d’être à nouveau sur la route pour la musique. Le reste des titres devra sortir courant de l’année. Je finalise la traduction de mon livre pour un éditeur de New-York. Mon second livre, en français, sort en septembre. Ça sera vraiment la méthode expliquée sous forme de programme d’entraînement en 45 jours. C’est dans l’optique de dédramatiser la douleur, ça ne doit plus être ça qui détermine notre journée ! C’est se remettre dans cette démarche où la douleur ne gère plus mon emploi du temps.

SON ACTUALITÉ 

Retrouvez le en séance de dédicaces pour son livre à : 

- Soulac sur Mer : Mer. 10 juill. - Librairie de l’Oncle Tom

- Anglet : Samedi 10 août - Cultura

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